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26 Novembre 2007 – « Souvenirs de guerre »

Classé dans : Non classé — 26 novembre, 2007 @ 13:37

 

J’ai regardé hier dimanche une émission télé : l’invité était le chanteur Bénabar, un chanteur et un auteur que j’ai découvert.

Des textes de chansons qui m’ont interpellée, en particulier une qui se nomme « Je suis de celles ». Dans cette chanson il parle des femmes un peu légères, des femmes qui sont toujours au second plan, des femmes avec qui l’on couche mais que l’on épouse pas et à la fin de sa chanson il rend un hommage à ces femmes de la guerre de 40 qui avaient osé coucher avec un soldat allemand et qui avaient été rasées et humiliées publiquement. Un très beau texte, très émouvant, plein de vérité.

 

Jean Rochefort l’acteur, lors d’une précédente émission a d’ailleurs raconté, grâce ou à cause de cette chanson, une histoire bouleversante de la fin de la guerre à propos d’une de ces femmes et il a remercié Bénabar d’avoir écrit cette chanson, en particulier cette phrase qui parle de ces femmes de la guerre de 40.

 

C’est pourquoi, à mon tour, je vais vous raconter le souvenir que j’ai eu de cette guerre.

 

 

Nous étions au mois de mai 1944, j’avais juste quatre ans. Recroquevillée, assise sur le sol au fond de la cuisine de mes grands parents, terrorisée je regardais mon grand-père, le fusil contre son épaule viser vers la fenêtre qui donnait sur la cour. Ma grand-mère était à genoux à ses pieds, en larmes, le suppliant de ne pas tirer.

 

Au bout du canon, de l’autre côté de la fenêtre ouverte, dans la cour ma tante Lucienne s’affairait à entasser le bois qui devait servir à alimenter la cuisinière, sans se douter de ce qui se passait dans son dos.

Mon grand-père était livide de colère et ma grand-mère comprit qu’il allait tirer : elle se mit à hurler et à sangloter, le suppliant. Ses cris alertèrent ma tante qui se retourna et s’avançant devant la fenêtre se trouva face à son père et au canon du fusil.

 

En un éclair elle comprit. Ce qu’elle redoutait depuis des semaines arrivait. Ses parents avaient découverts sa liaison avec ce bel allemand blond.

Connaissant l’intransigeance de son père, elle savait qu’elle ne pourrait pas lui faire comprendre, de toute façon elle avait tort, elle le savait. Sans un mot, elle se dirigea vers la porte d’entrée, monta les escaliers qui menaient à sa chambre. En un quart d’heure elle avait préparé sa valise et quitté la Normandie.

 

Mon grand-père n’avait pas tiré sur sa fille, au grand soulagement de sa femme.

 

Il n’acceptait pas la trahison de sa fille, elle avait osé aimé un ennemi, un bosh, alors que son mari était prisonnier depuis 4 ans. La honte, l’humiliation était sur sa maison, il ne pardonnerait jamais, il la bannit, elle n’était plus sa fille.

 

Mon grand-père devint sombre et malheureux, ma grand-mère triste, très triste.

Quelques semaines plus tard, à Paris chez mes parents, nous apprenions la terrible nouvelle. Ma tante Lucienne était morte seule chez elle d’une hémorragie à la suite d’une fausse couche provoquée. Elle avait 25 ans.

 

Les seuls mots de mon grand-père furent terribles : « elle a payé sa trahison ».

 

Quand la guerre fut terminée, le mari de ma tante est venu voir mon père. Il voulait savoir de quoi sa femme était morte. Mon père lui raconta tout, sans détours.

 

Cet homme qui était resté 5 ans prisonnier, fut très ému par le récit de mon père, il pleura sur cette épouse à qui il avait tant pensé durant sa captivité et il dit simplement : « pourquoi a-t-elle fait ça (il parlait de sa fausse couche), pourquoi ne m’a-t-elle pas attendu, je lui aurais tout pardonné, même l’enfant, je l’aurais aimé comme le mien.

 

Le souvenir de mon grand-père visant de son fusil sa fille, est resté à jamais gravé dans ma mémoire de petite fille de quatre ans.

 

 

 

 

 

2 commentaires »

  1. agnes piazza dit :

    récit émouvant

  2. un habitant des lilas dit :

    Très beau texte, bien écrit. Bises

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